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Plaidoyer Pour Emma

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emma, Jane Austen, Jane Austen france, plaidoyer pour emma   Après une énième relecture d'Emma, j'ai envie de partager avec vous mon ressenti et de prendre un petit peu sa défense...

   1. Les défauts d'Emma : parce que oui, bon, d'accord, je peux la défendre de tout mon coeur mais il est difficile de nier qu'elle a des défauts. Comme tout le monde, cela dit. Pour autant, je voudrais commencer par rappeler que la plupart de ses défauts sont le résultat de son jeune âge, 21 ans seulement, de son éducation, de l'indulgence de son entourage et de sa place dans la société. Elle n'a jamais réellement été contrariée, ni orientée convenablement, un point que Jane Austen évoque dès les premières lignes du roman et avec Jane Austen, rien n'est là par hasard. Emma vivait à une époque où les limites devenaient plus floues entre les classes et l'auteur a choisi, contrairement à ses autres héroïnes, de faire d'Emma quelqu'un d'un petit peu rétrograde sur le sujet, sûrement parce que c'est celle qui a le plus à perdre dans ce changement. Alors, c'estemma, Jane Austen, Jane Austen france, plaidoyer pour emma incontestable, elle est snob mais quand même peut-être moins que ce que vous pourriez penser. J'illustre mon propos : si Emma s'était éprise de Mr Martin, absolument tout le monde aurait été choqué et personne n'aurait validé cette union pour la simple raison qu'Emma est considérée par la ville entière comme étant bien supérieure à un fermier et ne pouvant devenir sa femme en aucun cas. Donc, finalement, lorsqu'Emma choisit de penser que son amie Harriet vaut mieux qu'un Mr Martin, elle ne sous-estime par véritablement Mr Martin, elle surestime son amie, ce qui peut difficilement lui être reproché, non ?

   Donc, j'ai reconnu qu'Emma avait des défauts (même si pour moi ils sont essentiellement dû au contexte et moins importants que ce qu'on pourrait croire au premier abord), maintenant je vais vous dire pourquoi je les lui pardonne volontiers. En fait, Emma se remet constamment en question ! Et là, je vous invite à relire avec attention les premiers chapitres (parce que oui, elle évolue beaucoup à emma, Jane Austen, Jane Austen france, plaidoyer pour emmala fin du roman, et c'est tout à son honneur mais ça n'arrive pas d'un coup d'un seul). C'est flagrant lorsqu'elle blesse son amie Harriet par ses actes, ce que l'on peut bien sûr lui reprocher sévèrement, ses remords sont sincères, et elle serait prête à souffrir davantage pour soulager son amie. Elle est entièrement honnête sur sa part de responsabilité, reconnait ses torts et analyse sa conduite sans indulgence. Attention, voici une révélation choc : Emma n'est pas égoïste, elle ne pense pas à mal et à un coeur en or.

   2. Cela nous amène donc naturellement aux qualités d'Emma et elles sont nombreuses. Vous ne les avez pas vues ? Elles vous ont parues bien faibles en comparaison de ses défauts ? Et pourtant... J'ai relu le premier volume (les 18 premiers chapitres), en relevant les qualités et les défauts évoqués et je peux vous assurer que les premières sont bien plus nombreuses que les seconds. Seulement voilà, Jane Austen nous assène un chapitre entier d'une insupportable Emma sermonnant son amie et critiquant les Martin, un chapitre entier où on aimerait bien la gifler, non ? Alors que les qualités sont évoquées généralement par une seule toute petiteemma, Jane Austen, Jane Austen france, plaidoyer pour emma phrase, perdue au milieu d'un paragraphe. J'ai une théorie farfelue sur ce procédé, je vous en parle en 3 mais pour en revenir aux qualités d'Emma, si vous êtes passés à côté, les voici : Emma a une patience d'ange, elle prend soin de son père, de ses travers, avec une bienveillance infinie. Elle tient d'ailleurs sa maison depuis des années, sans s'en plaindre, alors qu'elle n'a que 21 ans. Elle aime beaucoup sa famille, elle est de bonne disposition, et toujours de bonne humeur. Elle est également très généreuse. Elle s'occupe des pauvres de sa ville et ne le fait pas par condescendance mais par réelle volonté de leur apporter du réconfort. Elle a véritablement un coeur d'or. Elle est également intelligente et très belle, ce dont elle ne tire aucune vanité. Alors bien sûr, on analyse chacun Emma avec notre ressenti, notre caractère et notre vécu et nous sommes plus ou moins sensibles à certains défauts ou à certaines qualités. En ce qui me concerne, je peux tout pardonner à emma, Jane Austen, Jane Austen france, plaidoyer pour emmaquelqu'un qui est capable de se remettre en question...

   3. Jane Austen a écrit à sa soeur, à propos d'Emma, no one but myself will much like [her] / en dehors de moi, personne ne l'aimera vraiment. Quand on commence à bien connaître à la fois le roman et l'humour de Jane Austen, cette phrase semble revêtir bien des sens. D'abord, je pense que cela montre la grande connaissance de la nature humaine que possédait Jane Austen. Elle a créé une héroïne belle, riche, intelligente et sûre d'elle-même, qui n'a besoin de rien, ni de notre empathie, ni de notre pitié... Résultat, on a tendance à la trouver arrogante. Ce sont en effet des qualités que l'on a souvent bien du mal à pardonner, non ? Mais surtout, (attention théorie farfelue en approche), je pense qu'avec ce roman, Jane Austen teste son lecteur sur ses sujets de prédilection que sont l'orgueil et surtout les préjugés. Elle nous agite sous le nez tous les dons de la nature qu'a reçu Emma à la naissance, puis fait un chapitre entier sur le principalemma, Jane Austen, Jane Austen france, plaidoyer pour emma défaut de la jeune fille qui est tout de même très agaçant et enfin, elle distille par-ci, par-là, toutes les grandes qualités qui nous pousseraient à l'aimer, mais de la façon la plus discrète possible. Autant dire qu'elle nous jette de la poudre aux yeux et nous mène par le bout du nez afin de voir si nous nous laisserons emporter par notre première impression ou si nous serons capable de faire fi de nos préjugés pour voir plus loin que le snobisme d'Emma... En bref, vous n'aimez pas Emma ? Vous vous êtes fait Austenisé !

Lien permanent Catégories : Emma 8 commentaires

Commentaires

  • Je te rejoins tout à fait sur le caractère social du snobisme d'Emma. Il me semble à rapprocher de celui de Darcy, qui éclabousse notamment dans sa première déclaration à Elizabeth Benneth. Ce n'est pas un défaut de personnalité mais un signe de classe, tout simplement. En cela, on retrouve la peinture très exacte et fine de Jane Austen de la société de son époque. Elle ne crée pas des personnages idéalisés ou déconnectés de leur temps mais qui en sont au contraire infusés. L'intérêt de ses oeuvres en général est justement de voir comment s'harmonisent les personnalités de chacun avec ces règles sociales extrêmement prégnantes - d'ailleurs, je les trouve même plus prégnantes que celles qui pouvaient régir la société française à l'époque. Qu'en penses-tu ?
    Je te rejoins également complètement sur la subversion de ses règles (toutes proportions gardées, évidemment) dans le comportement qu'adopte Emma à l'égard d'Harriet que son amitié élève au-dessus de sa classe - ce dont elle se repend à la fin d'ailleurs, considérant que cela a créé plus de mal que de bien finalement, et c'est là qu'on voit qu'au-delà de toute son ironie, Jane Austen était indéniablement très conformiste (Mansfield Park lalalaaa).
    D'Emma, j'ai particulièrement aimé la générosité indéfectible envers son père. C'était vraiment touchant et la preuve la plus flagrante de sa sincère bonté. Je m'attendais à trouver un personnage beaucoup plus hautain et futile et ça ne m'a pas du tout semblé être le cas. Si Emma ne reste pas mon roman préféré de Jane Austen, ce n'est certainement pas en raison de son héroïne. Et au passage, désolée pour ce long commentaire. J'ai encore plein de choses à dire mais je vais réserver ça pour un billet de blog, histoire d'éviter de pourrir le tien ahah.

  • Alors, je ne suis pas du tout spécialiste mais dans différents ouvrages que j'ai lu, ils ont l'air au contraire de dire que les règles étaient plus souples en Angleterre et qu'elles s'assouplissaient encore à l'époque de Jane Austen. Quelque chose qu'on voit bien dans Orgueil et Préjugés avec les nouveaux riches comme les Bingley (et riche du commerce qui plus est) ou les nouveaux titrés comme Lord Lucas. C'est pour ça justement que j'ai l'impression qu'Emma est un petit peu en retard sur ce plan...
    Après, est-ce que je dirais que Jane Austen est conformiste ? Je dirais qu'elle est comme Emma, elle vit avec son temps et si elle est moderne et très lucide, je suis d'accord pour dire qu'elle n'est certainement pas révolutionnaire...
    Enfin, je crois qu'on est plutôt d'accord et je te remercie, au contraire, pour ce long commentaire très interessant.

  • J'adore ton analyse et ta théorie complotiste en fin d'article!

    Je crois qu'en vieillissant, mon avis a changé sur Emma et je lui pardonne bien plus facilement ses défauts qu'auparavant! Ce pardon est d'autant plus facile qu'Emma se repent de ses mauvaises actions volontaires ou involontaires! Elle a causé du tort à pas mal de personnes mais elle en prend conscience, s'excuse et grandit par la même occasion.

    J'attends ton plaidoyer pour Fanny Price parce qu'il s'agit vraiment de l'héroïne d'Austen avec laquelle j'ai le plus de difficultés. Je sais qu'elle a de nombreuses qualités, son attachement à sa famille, sa patience, sa douceur et son côté désintéressé mais je n'aime pas son côté moralisateur....et le fait qu'elle se contente du revirement inattendu d'Edmund à la fin de Mansfield Park!

  • Je crois comme toi qu'avec l'âge on voit mieux l'essentiel chez Emma, c'est-à-dire la capacité à se remettre en question. Pour Fanny, je ferai de mon mieux mais ce n'est pas gagné, c'est l'héroïne que j'aime le moins. Après, peut-être également que ma lecture a un âge plus avancé me fera changé d'avis !
    Sinon, sur instagram en ce moment, tu as shelbylit qui prend La défense de Mansfield Park ;)

  • Bonjour,
    Personnellement, j'ai toujours aimé le personnage d'Emma. Parce qu'effectivement, ses défauts sont beaucoup des erreurs dues à sa jeunesse, et le reflet de sa vie. Mais l'individu est intrinsèquement quelqu'un de bon et intelligent, essayant d'être juste, capable de réfléchir sur elle-même et le monde qui l'entoure.
    Je ne suis pas d'accord avec la conclusion dans les commentaires que Jane Austen est conventionnelle. Jane Austen ne fait pas la démonstration que vouloir sortir de sa place dans la société est vouée à l'échec (Franck et son père ont clairement gravi les échelons de la société). Jane Austen écrit simplement de façon réaliste ... et l'ascension sociale était certainement plus difficile pour les femmes que pour les hommes. C'est Emma qui considère que la naissance de Harriett n'est pas à la hauteur pour Mr Knigtley, pas l'auteur... mais Emma a un conflit d'intérêt, étant elle-même amoureuse de Mr Knightley ! D'ailleurs, Mr Knigtley considère qu'Harriett aurait été une bien meilleure épouse de pasteur, en tant qu'individu, (alors qu'il ne se fait aucune illusion sur ses origines sociales), que la femme que Mr Elton se choisit à Bath, avec, on peut le penser, comme unique critère la valeur de sa dote (heureusement, ils sont bien assortis en caractère, aussi mesquin l'un que l'autre). Et Harriett a trouvé avec Mr Martin un véritable amour et une vrai ascension sociale avec un avenir stable, Hors, les interventions d'Emma ont failli gâcher ça !
    Un livre à lire : Jane Austen the secret radical. On n'est pas obligé d’adhérer à tout ce que dit l'auteure. Mais cela fait sacrément réfléchir. Surtout que contrairement aux lecteurs britanniques de son temps, en tant que lecteurs français du XXIe siècle, ils nous manquent une sacrée quantité de clés de compréhension !
    Je ne crois pas que Jane Austen était conformiste. Si elle l'avait été, elle n'aurait pas pu écrire ces romans, qui n'ont rien de conformiste et sont à lecture multiple. Et puis, il ne faut pas oublier la propre expérience de Jane Austen et de sa famille. Ils sont eux-même en mouvement, dans une société en mouvement (du moins les hommes, les femmes sont dans une condition bien plus précaire).

  • Jane Austen n'était pas conformiste, c'est certain. Le terme de réaliste lui convient parfaitement en effet. Elle était aussi issue d'une famille aux vues très modernes, son père lui laissant par exemple libre accès à sa bibliothèque. Elle était certainement en avance sur son temps mais devait également faire avec les règles de la société dans laquelle elle vivait et comme tu le dis, il faut bien connaître cette époque pour s'en rendre compte. Je ne pense pas pour autant qu'elle était une révolutionnaire et ça me gêne un peu quand on essaie de la faire passer pour tel. Je note cependant le livre que tu me conseilles, ça titille ma curiosité.

  • Ahhhhhhhhhh "Emma", j'avais adoré à ma première lecture, et Fanny est bien plus naïve, mais j'ai lu Mansfield Park en dernier et j'ai mis longtemps, c'était le dernier chocolat de la boite, du coup je l'ai savouré et aimé^^ Je pense donc que mes avis varient selon le moment de ma lecture et ayant commencé par "P&P" c'est dur à dépasser. En tout cas je garde et souvenir joyeux de ma lecture d'Emma et un ennui à la lecture de "Persuasion" donc… Je me perds, Je trouve qu'Emma est une bonne lecture mais à un âge plus jeune peut être^^

  • Je pense que notre avis sur chaque roman change à chaque période de notre vie. C'est ce qui est formidable chez Jane Austen, il y a tellement de niveaux de lecture ! En revanche, si tu n'aimes pas Persuasion, on va pas s'entendre !!! Lol !

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