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  • Cher Mr Darcy d'Amanda Grange

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    pride and prejudice,jane austen,orgueil et préjugés,amanda grange,cher mr darcyTitre: Cher Mr Darcy

    Auteur: Amanda Grange

    Langue: Français

    Roman: Pride and Prejudice

    Genre: réecriture épistolaire

    Note: 2/5

     

       Dès les premières pages de ce livre, qui réécrit Orgueil et Préjugés au travers de lettres que s'envoient les protagonistes, je me suis interrogée sur le style et les invraisemblances. Je me suis interrogée aussi sur le fait que, peut-être, je commençais à faire une overdose d'austeneries. Mais la suite de ma lecture m'a malheureusement conforté dans ma première impression et la découverte d'autres austeneries depuis que j'ai trouvé charmantes, a infirmé la thèse de l'overdose. Je dois donc dire en toute sincérité qu'en dépit des qualités de légèreté et de son côté divertissant, j'ai trouvé ce livre plutôt mauvais. J'ai lu pourtant de nombreuses chroniques positives de ce livre et même si je peux comprendre que parfois retrouver l'univers de Jane Austen soit suffisant, j'ai envie de vous dire: "Janéites, il est temps d'être plus exigeantes!". 

       Et comme parfois une démonstration vaut mieux qu'un long discours, je vous remets ici quelques extraits choisis et j'attends avec impatience vos avis. 

    Lettre de M. Darcy père, mourant, réputé pour sa bonté, à son fils. Toute première recommandation de la lettre: "N'oubliez jamais qui vous êtes, et gardez toujours une supériorité dans vos manières qui reflète celle de votre naissance. N'encouragez pas le commun des mortels à se montrer familier avec vous." Quand on sait qu'il a élevé le fils du régisseur comme son fils...

    Mr Darcy, annonçant la mort de son père à son cousin: "j'ai traversé l'entrée en courant et l'escalier m'a paru interminable. Enfin, je suis arrivé devant sa porte et me suis arrêté un instant pour reprendre contenance." (L'auteur oublie parfois qu'elle a choisi d'écrire un roman épistolaire!

    Lettre de Charles Bingley à sa sœur: "Oui, Caroline, je désignais bien le Darcy, Mr Fitzwilliam Darcy, de Pemberley (en italique). Dites-moi, faudra-t-il éternellement que nous écrivions son nom en italiques? Si c'est le cas, je vais devoir m'acheter de nouvelles plumes, parce que cela abîme la pointe." Ridicule!

    Lettre de Mr Bingley père à son fils: "Maman, que je lui ai dit, ça ne sert à rien de lui donner toute cette éducation de Monsieur", mais elle tenait à vous envoyer à l'université, et je redoutais les conséquences".

    Lettre de Mr Darcy à sa sœur: "Caroline me propose de tailler ma plume, mais comme vous le savez, j'aime le faire moi-même." No comment.

       En tous cas, je dois le reconnaître, certaines phrases m'auront bien fait rire, mais je ne suis pas sûre que c'était là leur but premier!

  • Jane Austen et Virginia Woolf

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    Parfois, il faut savoir s'incliner devant les connaissances des autres et en terme de Virginia Woolf et de son rapport à Jane Austen, je me suis dit que la plus à même de vous en parler serait ma grande amie Eliza, du blog Passion Lectures, et elle le fait magnifiquement:

     

    « Of all great writers, Jane Austen is the most difficult to catch in the act of greatness. »

     

    jane austen,jane's admirers,virginia woolf,admirateurs,auteurs qui aiment jane austenIl est universellement admis que Virginia Woolf était une admiratrice de Jane Austen. Pourtant, lorsqu’on regarde de près les textes laissés par cette remarquable analyste littéraire, il est difficile d’y trouver de réels éloges sur Jane Austen. Il est plus courant d’y voir d’autres auteurs comparés à Jane Austen pour faire ressortir leurs faiblesses ou leurs imperfections. Mais on y trouvera peu d’explications détaillées des raisons pour lesquelles Virginia Woolf tenait Jane Austen parmi les plus grands écrivains, non seulement de langue anglaise, mais aussi parmi les plus grands écrivains point. Cette position mérite qu’on s’y intéresse : Jane Austen est loin, encore aujourd’hui, d’être unanimement reconnue comme un écrivain ayant compté dans la construction du roman tel qu’il s’est développé au XIXe siècle. Son entrée très récente dans la Pléiade et les nouvelles traductions qui ont été réalisées à cette occasion sous la direction de Pierre Goubert, sont le témoin d’une reconnaissance académique méritée, bien que tardive. Il n’est pas rare de lire encore, sous la plume de journalistes ou d’autres, que les romans de Jane Austen sont les ancêtres des romances et autres harlequinades. La mode des romances historiques et variations en tout genre sur ses romans (baptisées « austeneries » par Alice et ce terme est resté) n’ont pas contribué à rectifier la croyance populaire selon laquelle les romans de Jane Austen sont des romans féminins à l’eau de rose, où il n’est question que de soupirants et de mariage. Ce qu’on sait moins, c’est qu’en 1905 déjà, Henry James se plaignait que la masse des éditeurs avait transformé Jane Austen (et dans une moindre mesure les sœurs Brontë) en produit commercial[1]. Virginia Woolf, de son côté, suivant ainsi les grands esprits littéraires de son temps, sur très vite déceler, dans la masse des lectures qui furent son quotidien, le talent, voire le génie de Jane Austen. Et son œuvre en est remplie, depuis ses essais jusqu’à sa correspondance quotidienne.

    Selon ses biographes, à l’âge de vingt ans, Virginia Woolf avait déjà lu plusieurs fois tous les romans de Jane Austen, encouragée par son père, Leslie Stephen, qui en lisait des passages à voix haute à toute la famille. À cette époque, la seule source d’information concernant la vie et l’œuvre de Jane Austen était les Mémoires publiées en 1870 par son neveu James Austen-Leigh. Or Virginia Woolf ne pouvait pas savoir que ces Mémoires offraient une image terriblement lisse de l’auteur, au point de réécrire certains passages de sa correspondance pour atténuer son principal trait de caractère – l’ironie. Virginia Woolf se demanda longtemps comment une femme si conventionnelle, ayant une vie aussi rangée, put écrire ces six romans qu’elle admirait. En 1913, elle écrivit dans une revue : « La principale raison pour laquelle elle ne nous séduit pas comme le ferait d’autres écrivains moins importants est qu’il y a trop peu de rébellion dans son caractère […]. Elle semble avoir accepté avec le temps une vie trop calme, et pour toute personne qui lit sa biographie ou ses lettres, il est évident que cette vie était suffisante, commune et, dans le pire sens du mot, artificielle.[2] » Elle ajoute même : « Certains personnages comme Elinor Dashwood et Fanny Price nous ennuient franchement ; certaines pages, bien qu’écrites dans un anglais excellent, doivent être sautées. »

    Dix ans plus tard, en 1923, Virginia Woolf montrait un changement radical dans son approche de la romancière : « J’ai la témérité non seulement d’écrire sur Jane Austen, mais de le faire d’une manière qui s’oppose complètement à l’image habituelle de la tante célibataire romancière. [..] Car je préfère la présenter non pas dans l’attitude modeste que sa famille avait décidé pour elle, mais plutôt comme elle se présentait elle-même fréquemment, rebelle, satirique et sauvage. » La publication des œuvres de jeunesse de Jane Austen, à partir de 1922, donnèrent-elles une nouvelle matière à ceux qui voulaient comprendre l’éclosion de son talent dans son environnement et éclairèrent-elles son caractère ? En 1925, Virginia Woolf, prenant comme point de départ Amour et amitié, écrit à l’âge de quinze ans, complétait son premier portrait : « Charmante, mais abrupte, adorée chez elle, mais crainte des étrangers, à la dent dure, mais au cœur tendre.[3] » Elle découvrait enfin une sorte de transgression dans l’esprit de Jane Austen, qui non seulement pouvait être l’un des indices de son génie, mais répondait à son propre caractère et ses goûts littéraires, loin de la « légende » dorée transmise de génération en génération : « Elle crée l’un après l’autre ses idiots, ses poseurs, ses mondains. Elle les cerne en les cinglant d’une phrase qui, en s’enroulant autour d’eux, dessine leur silhouette à jamais. […] Parfois, il semble que ses créatures aient simplement vu le jour pour donner à Jane Austen la joie suprême de leur couper le cou. »

    Et c’est dans la maîtrise de cette ironie constante mais jamais blessante que se découvre la perfection de Jane Austen qui nous emmène sans y prendre garde : « Le jugement est si parafait, la satire est si juste que, quoi que constante, elle échappe presque à notre attention. » C’est la source du plaisir de la lecture autant que de l’amusement de ce petit monde mis en mouvement sous nos yeux : « L’esprit de Jane Austen a pour partenaire la perfection de son goût. […] Jamais romancier n’a fait preuve d’un sens aussi irréprochable des valeurs humaines. C’est à l’encontre de la légende d’un cœur infaillible, d’un bon goût invariable, d’une moralité presque sinistre, qu’elle s’écarte de la bonté, de la vérité et de la sincérité en ces manifestations qui font partie des morceaux les plus délicieux de la littérature anglaise. » Au point d’ajouter plus loin : « Parmi ses romans achevés, on ne trouve pas d’échecs et parmi ses nombreux chapitres, peu d’entre eux dont le niveau soit nettement en-dessous des autres. » Quel contraste avec ses premières analyses !  

    Maîtrise et précision. Voilà les deux principales qualités que Virginia Woolf reconnaît à Jane Austen. A cela s’ajoute l’équanimité de son œuvre. Le génie de Jane Austen ne se révèle pas dans une phrase jetée au milieu des autres, dans la finesse d’un personnage ou la construction habile d’une scène. « De tous les grands écrivains, Jane Austen est celle dont il est le plus difficile de surprendre les moments de grandeur[4] ». Dans un autre essai, Virginia Woolf essaie de remonter à la source de la satisfaction que nous éprouvons à lire notamment Orgueil et préjugés : « Au lieu d’avoir hâte, la dernière page finie, de partir en quête de quelque chose qui fasse contraste ou complément, quand nous avons lu Orgueil et préjugés nous faisons une pause. Cette pause est le résultat d’une satisfaction […] qui est, par sa nature, réfractaire à l’analyse, car la qualité qui nous satisfait est la somme de nombreux éléments différents, de sorte que si nous nous mettons à louer Orgueil et préjugés pour ses diverses qualités – son esprit, sa vérité, sa profonde puissance de comique – nous ne l’aurons néanmoins pas loué pour la qualité qui est la somme de toutes les autres. […] Dire que Orgueil et préjugés est comme un coquillage, une gemme, un cristal ou toute autre image de notre choix, c’est voir la même chose sous une apparence différente. Pourtant, si nous comparons Orgueil et préjugés à un objet concret, c’est peut-être parce que nous essayons d’exprimer cette impression, que nous avons imparfaitement dans d’autres romans mais ici avec netteté, d’une qualité qui n’est pas dans l’histoire mais au-dessus d’elle, qui n’est pas dans les choses elle-même mais dans leur arrangement. [5]»

    Pour Virginia Woolf, le lecteur ressent à chaque instant la présence d’une « architecture invisible dressée derrière l’animation et la diversité de la scène ». Cette architecture est le résultat d’un travail long et patient. A la lecture des Watson, Virginia Woolf note qu’elle était une de ces auteurs qui « exposent les faits plutôt platement dans leur première version, puis recommencent, encore et encore, pour les recouvrir de chair et d’atmosphère : […] l’ennuyeuse histoire de quatorze ans de vie familiale aurait été convertie en une autre de ces présentations exquises ». Car là est le cœur de l’admiration de Virginia Woolf pour Jane Austen : plus elle creuse et déconstruit ses romans, plus elle y trouve des éléments qui résonnent avec propres questionnements sur l’écriture et la littérature. Et plus elle s’incline devant cet écrivain qui conçut six chefs d’œuvre, sans avoir même une chambre à elle.

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    [1] La leçon de Balzac, conférence, 1905.

    [2] Article non signé, Times Literary Review, mai 1913.

    [3] “Jane Austen”, The Common Reader, 1925 (trad. dans Lectures intimes, Robert Laffont, 2013).

    [4] Article, Atheneum, décembre 1923.

    [5] “Phases of Fiction”, The Common Reader, 1925 (trad. dans L’art du roman, Points, 2009).