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Jane Austen - Page 3

  • Du Fond de mon Coeur, Lettres à ses Nièces

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    jane austen,du fond de mon coeur,lettres à ses nièces,finitudeTitre: Du Fond de mon Coeur, lettres à ses nièces

    Auteur: Jane Austen

    Langue: Français

    Éditeur: Finitude

    Note: 5/5

     

       Jane Austen entretenait de nombreuses relations épistolaires et comme vous pouvez l'imaginer, elle était une exquise correspondante, pleine d'humour et d'esprit. Pour la première fois, les lettres écrites à trois de ses nièces ont été traduites et éditées en France par Finitude.

       Je voudrais d'abord parler en quelques mots de l'ouvrage en lui-même et le moins que l'on puisse en penser c'est qu'il a été préparé avec amour. Il est petit, simple et joli et obtiendra certainement une place privilégiée dans nombres de bibliothèques de janéites. Une introduction nous présente l'ouvrage, suivie des lettres de Jane Austen à ses nièces et trois textes de ces mêmes nièces sur leur tante clôturent l'ouvrage. Enfin, la traduction est soignée et rend hommage à la plume de cette grande dame que nous admirons tant. Mon seul regret sera, au cours de ma lecture, de n'avoir jamais aucune des lettres des nièces sous les yeux mais je ne suis pas sûre qu'elles existent encore.

       En ce qui concerne les lettres en elle-même, je dois dire que j'ai été saisi une fois de plus par la magie austenienne. Ce fut le même ravissement que lorsque je lis l'un de ses ouvrages, à dix mille lieues de la meilleure des austeneries, il faut bien le dire. Cet ouvrage se savoure et j'ai fait durer le plaisir de la découverte autant que possible.

       On y découvre une nouvelle facette de Jane Austen je trouve, différente de celle que les lettres à sa soeur nous laisse entrevoir. Toutes les lettres présentées ici ont été écrites dans les trois dernières années de sa vie et j'y vois personnellement une femme vive et intelligente, heureuse, qui aime conseiller les autres mais parle assez peu d'elle finalement. Elle est dans un rôle de conseillère, presque maternelle pour ses nièces dont certaines ont vécues avec elle quelques années. Elle est à la fois bienveillante et ouverte d'esprit, la parfaite confidente et on comprend aisément que ces jeunes filles se soient ouvertes à elle sans réserve.

       Et ce qui est particulièrement plaisant, c'est que deux de ses nièces, Anna et Caroline, s'essaient à l'écriture et lui envoient leurs histoires pour conseil. Se dévoile alors une Jane Austen très sûre d'elle, qui ne s'excuse pas d'être un auteur et semble se considérer entièrement comme cela et qui oriente ses nièces tout en les félicitant et en les encourageant. Elle parle, à son habitude, des personnages comme si elle les avait rencontrés et il est bien dommage que le roman dont elle discute avec Anna ait finalement été brûlé parce qu'elle nous donne plus qu'envie de le découvrir. Elle est également très précise et pointilleuse sur les détails et leur réalisme. Elle reprend par exemple Anne sur la longueur d'un voyage qui n'est pas cohérent avec l'éloignement de la ville ou sur la présentation d'un tel à un tel alors que cela aurait du être le contraire dans le respect des convenances et de leur rang. La pauvre, elle s'arracherait les cheveux si elle devait lire la plupart des austeneries Regency actuelles!!!

       Enfin, quoi que l'on fasse pour repousser l'échéance, nous arrivons aux dernières lettres et nous savons bien tous comment cela se termine. C'est une lettre de Cassandra, sa soeur, envoyée à Fanny, sa nièce préférée, qui nous relate les dernières heures de Jane et là, je le confesse sans honte, je n'ai pu m'empêcher de verser une larme sur ces mots relus cent fois mais qui touchent au coeur:

       "J'ai perdu un trésor, une soeur et une telle amie que jamais rien ne pourra la surpasser. Elle était le soleil de ma vie, l'étincelle de tous les plaisirs, le réconfort de toutes les peines, je ne lui cachais rien, c'est comme si j'avais perdue une partie de mon être."

  • Les Sautes d'Humour de Jane Austen

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    austenerie,jane austen,les sautes d'humour de jane austen,dominique enright,éditions payotTitre: Les Sautes d'Humour de Jane Austen

    Auteur: Jane Austen et Dominique Enright

    Langue: Anglais ou Français

    Genre: Citations

    Note: 4/5

     

       Si l'on me demandait de parler de la plume de Jane Austen (comment ça j'en parle déjà tout le temps??), le premier trait que j'évoquerais serait sans aucun doute son humour. Et ça tombe bien, c'est exactement ce que ce livre met en avant. Ce n'est pas une austenerie à proprement parlé puisque ce n'est pas un roman, une suite, une réécriture ou tout ce que vous voudrez d'autre, mais bien un recueil de citations drôles ou pleines d'esprit tirées des livres ou des lettres de Jane Austen. Pour une fois, c'est donc bel et bien la plume de notre chère Jane que nous retrouvons, et c'est bien agréable. C'est le genre de livre qu'il faut absolument avoir dans sa collection, que vous allez lire et relire, surligner peut-être, corner, recopier. Certains passages vous seront sans aucun doute familiers mais vous y découvrirez également quelques nouvelles perles. En bref, on ne se lasse pas de Jane Austen, non? 

       Et si, vous l'avez compris, je suis déjà particulièrement contente que les éditions Payot aient choisi de traduire ce petit opus, je le suis encore plus que Dominique Enright soit allé puiser dans les lettres trop méconnues de Jane Austen. C'est sûrement là qu'elle est encore la plus drôle et parfois la plus acide également. Je ne vous mettrai qu'un extrait parce que sinon je risquerai d'énumérer tout le livre mais à lui seul, il résume si bien tout l'esprit de ce grand auteur:

     

       "Mrs Hall, de Sherborne, a accouché hier d'un enfant mort-né, quelques semaines avant son terme, en raison d'une grande frayeur. Je suppose qu'elle regardé son mari par inadvertance."

    A Cassandra, 27-28 Octobre 1798.

     

       Comme les livres parfaits sont rares, j'ai quand même quelques petits regrets, par rapport à cet ouvrage, que je vous énumère rapidement:

    • Tout d'abord, cette couverture que je trouve vraiment peu attrayante, surtout si on la compare à la version anglaise. C'est bien dommage.
    • J'ai également des réserves sur le titre. L'original évoquait plus son esprit que son humour et certaines citations ne sont pas forcément amusantes (même si toujours pleines d'esprits). Du coup, si on s'attend à rire à toutes les lignes, ce n'est pas forcément le cas.
    • Mon dernier bémol se porte sur le fait d'avoir mélangé les citations extraites de ses livres, de celles extraites de ses lettres. Je trouve qu'il y a une énorme différence entre faire dire quelque chose à des personnages fictifs et l'avoir réellement dit dans l'une de ses lettres. Certaines impertinences de Jane Austen qui montrent particulièrement bien son caractère méritent d'être distinguées et se perdent un peu au milieu des mots de Jane, Lizzy ou encore Mr Bennet je trouve.

       Voilà, vous savez tout. Alors, qui va craquer?

     

       PS/ Les gagnantes du concours organisé sur ma page Facebook sont: Charlotte Sapin - Carolivre - Frédérique Blondeau - Laska Thornton et Stéphanie Muziolek. Félicitations à toutes, n'oubliez pas de m'envoyer vos adresses.

  • Le Manuscrit Perdu de Jane Austen - Syrie James

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    syrie james,black moon,le manuscrit perdu de jane austen,jane austenTitre: Le Manuscrit Perdu de Jane Austen

    Auteur: Syrie James

    Langue: Anglais ou Français

    Genre: histoire autour de Jane Austen

    Note: 4/5

     

       Samantha McDonough vient passer quelques jours en Angleterre et se rend à Oxford. Elle y acquiert un petit recueil de poèmes dans lequel se cache une mystérieuse lettre qui pourrait  bien être de la main de Jane Austen et la mener vers un manuscrit inédit.   

       Pour une fois, je vais commencer par le positif de ce livre, parce que finalement, c'est ce qui prime. Si j'ai mis une si bonne note, c'est parce que c'est agréable à lire et, plus important que tout à mes yeux, on ressent l'amour et le respect de l'auteur pour Jane Austen.

       Deux histoires s'y imbriquent, celle de Samantha puis une autre dans le passé et le plaisir de lecture est au rendez-vous à chaque fois. Le thème choisit est également judicieux puisqu'il nous emmène là où toute Janéite rêve d'aller, au coeur d'une découverte retentissante pour notre petit monde austenien. Qui n'a pas rêvé d'une trouvaille mystérieuse, d'un septième roman de Jane Austen ou d'en savoir juste un plus sur elle? L'auteur a le mérite de nous emporter dans ce fantasme et les premiers chapitres joue particulièrement bien sur le suspense et nous tiennent en haleine. Je remercie également Syrie James de m'avoir épargné quelques arrachages de cheveux habituellement très fréquents au cours de mes lectures d'austeneries.

       Après, vous savez que je ne peux m'empêcher de décortiquer également tout ce qui ne va pas dans chaque livre se réclamant de Jane Austen et je suis sûre que c'est ce que vous attendez de moi d'ailleurs. Alors pour commencer, l'invraisemblance totale de l'histoire est le premier point noir bien sûr. La jeune américaine qui débarque en Angleterre et trouve en trois jours une lettre de Jane Austen et un manuscrit dont personne ne connaissait l'existence, tout ça la menant au beau manoir d'un encore plus beau jeune homme, riche et célibataire!!!! Bon ça fait beaucoup quand même. Passons...

       Ce qui m'a le plus gêné, c'est le procédé d'écrire soi-même dans une partie une histoire qui est censée être de la main de Jane Austen et d'écrire (de nouveau soi-même donc) dans l'autre partie à quel point cette histoire est bien écrite, du Jane Austen tout craché, quelle merveille!!! Bravo la modestie. D'autant que si j'ai dit que c'était agréable à lire, pas de méprise tout de même, nous sommes bien loin de la plume de notre chère Jane. Alors je comprends que cela sert l'histoire mais ce manuscrit étant soi-disant une oeuvre de jeunesse, des phrases telles que "ce n'est pas aussi bon que ce qu'elle a écrit et revisité par la suite mais..." auraient été selon moi beaucoup plus appropriées. Mais comme toujours, ce n'est que mon avis.

     

       Et si vous voulez en découvrir plus sur Syrie James, n'hésitez pas à lire mon billet sur son précédemment roman: The Lost Memoirs of Jane Austen.

  • Jane Austen et Virginia Woolf

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    Parfois, il faut savoir s'incliner devant les connaissances des autres et en terme de Virginia Woolf et de son rapport à Jane Austen, je me suis dit que la plus à même de vous en parler serait ma grande amie Eliza, du blog Passion Lectures, et elle le fait magnifiquement:

     

    « Of all great writers, Jane Austen is the most difficult to catch in the act of greatness. »

     

    jane austen,jane's admirers,virginia woolf,admirateurs,auteurs qui aiment jane austenIl est universellement admis que Virginia Woolf était une admiratrice de Jane Austen. Pourtant, lorsqu’on regarde de près les textes laissés par cette remarquable analyste littéraire, il est difficile d’y trouver de réels éloges sur Jane Austen. Il est plus courant d’y voir d’autres auteurs comparés à Jane Austen pour faire ressortir leurs faiblesses ou leurs imperfections. Mais on y trouvera peu d’explications détaillées des raisons pour lesquelles Virginia Woolf tenait Jane Austen parmi les plus grands écrivains, non seulement de langue anglaise, mais aussi parmi les plus grands écrivains point. Cette position mérite qu’on s’y intéresse : Jane Austen est loin, encore aujourd’hui, d’être unanimement reconnue comme un écrivain ayant compté dans la construction du roman tel qu’il s’est développé au XIXe siècle. Son entrée très récente dans la Pléiade et les nouvelles traductions qui ont été réalisées à cette occasion sous la direction de Pierre Goubert, sont le témoin d’une reconnaissance académique méritée, bien que tardive. Il n’est pas rare de lire encore, sous la plume de journalistes ou d’autres, que les romans de Jane Austen sont les ancêtres des romances et autres harlequinades. La mode des romances historiques et variations en tout genre sur ses romans (baptisées « austeneries » par Alice et ce terme est resté) n’ont pas contribué à rectifier la croyance populaire selon laquelle les romans de Jane Austen sont des romans féminins à l’eau de rose, où il n’est question que de soupirants et de mariage. Ce qu’on sait moins, c’est qu’en 1905 déjà, Henry James se plaignait que la masse des éditeurs avait transformé Jane Austen (et dans une moindre mesure les sœurs Brontë) en produit commercial[1]. Virginia Woolf, de son côté, suivant ainsi les grands esprits littéraires de son temps, sur très vite déceler, dans la masse des lectures qui furent son quotidien, le talent, voire le génie de Jane Austen. Et son œuvre en est remplie, depuis ses essais jusqu’à sa correspondance quotidienne.

    Selon ses biographes, à l’âge de vingt ans, Virginia Woolf avait déjà lu plusieurs fois tous les romans de Jane Austen, encouragée par son père, Leslie Stephen, qui en lisait des passages à voix haute à toute la famille. À cette époque, la seule source d’information concernant la vie et l’œuvre de Jane Austen était les Mémoires publiées en 1870 par son neveu James Austen-Leigh. Or Virginia Woolf ne pouvait pas savoir que ces Mémoires offraient une image terriblement lisse de l’auteur, au point de réécrire certains passages de sa correspondance pour atténuer son principal trait de caractère – l’ironie. Virginia Woolf se demanda longtemps comment une femme si conventionnelle, ayant une vie aussi rangée, put écrire ces six romans qu’elle admirait. En 1913, elle écrivit dans une revue : « La principale raison pour laquelle elle ne nous séduit pas comme le ferait d’autres écrivains moins importants est qu’il y a trop peu de rébellion dans son caractère […]. Elle semble avoir accepté avec le temps une vie trop calme, et pour toute personne qui lit sa biographie ou ses lettres, il est évident que cette vie était suffisante, commune et, dans le pire sens du mot, artificielle.[2] » Elle ajoute même : « Certains personnages comme Elinor Dashwood et Fanny Price nous ennuient franchement ; certaines pages, bien qu’écrites dans un anglais excellent, doivent être sautées. »

    Dix ans plus tard, en 1923, Virginia Woolf montrait un changement radical dans son approche de la romancière : « J’ai la témérité non seulement d’écrire sur Jane Austen, mais de le faire d’une manière qui s’oppose complètement à l’image habituelle de la tante célibataire romancière. [..] Car je préfère la présenter non pas dans l’attitude modeste que sa famille avait décidé pour elle, mais plutôt comme elle se présentait elle-même fréquemment, rebelle, satirique et sauvage. » La publication des œuvres de jeunesse de Jane Austen, à partir de 1922, donnèrent-elles une nouvelle matière à ceux qui voulaient comprendre l’éclosion de son talent dans son environnement et éclairèrent-elles son caractère ? En 1925, Virginia Woolf, prenant comme point de départ Amour et amitié, écrit à l’âge de quinze ans, complétait son premier portrait : « Charmante, mais abrupte, adorée chez elle, mais crainte des étrangers, à la dent dure, mais au cœur tendre.[3] » Elle découvrait enfin une sorte de transgression dans l’esprit de Jane Austen, qui non seulement pouvait être l’un des indices de son génie, mais répondait à son propre caractère et ses goûts littéraires, loin de la « légende » dorée transmise de génération en génération : « Elle crée l’un après l’autre ses idiots, ses poseurs, ses mondains. Elle les cerne en les cinglant d’une phrase qui, en s’enroulant autour d’eux, dessine leur silhouette à jamais. […] Parfois, il semble que ses créatures aient simplement vu le jour pour donner à Jane Austen la joie suprême de leur couper le cou. »

    Et c’est dans la maîtrise de cette ironie constante mais jamais blessante que se découvre la perfection de Jane Austen qui nous emmène sans y prendre garde : « Le jugement est si parafait, la satire est si juste que, quoi que constante, elle échappe presque à notre attention. » C’est la source du plaisir de la lecture autant que de l’amusement de ce petit monde mis en mouvement sous nos yeux : « L’esprit de Jane Austen a pour partenaire la perfection de son goût. […] Jamais romancier n’a fait preuve d’un sens aussi irréprochable des valeurs humaines. C’est à l’encontre de la légende d’un cœur infaillible, d’un bon goût invariable, d’une moralité presque sinistre, qu’elle s’écarte de la bonté, de la vérité et de la sincérité en ces manifestations qui font partie des morceaux les plus délicieux de la littérature anglaise. » Au point d’ajouter plus loin : « Parmi ses romans achevés, on ne trouve pas d’échecs et parmi ses nombreux chapitres, peu d’entre eux dont le niveau soit nettement en-dessous des autres. » Quel contraste avec ses premières analyses !  

    Maîtrise et précision. Voilà les deux principales qualités que Virginia Woolf reconnaît à Jane Austen. A cela s’ajoute l’équanimité de son œuvre. Le génie de Jane Austen ne se révèle pas dans une phrase jetée au milieu des autres, dans la finesse d’un personnage ou la construction habile d’une scène. « De tous les grands écrivains, Jane Austen est celle dont il est le plus difficile de surprendre les moments de grandeur[4] ». Dans un autre essai, Virginia Woolf essaie de remonter à la source de la satisfaction que nous éprouvons à lire notamment Orgueil et préjugés : « Au lieu d’avoir hâte, la dernière page finie, de partir en quête de quelque chose qui fasse contraste ou complément, quand nous avons lu Orgueil et préjugés nous faisons une pause. Cette pause est le résultat d’une satisfaction […] qui est, par sa nature, réfractaire à l’analyse, car la qualité qui nous satisfait est la somme de nombreux éléments différents, de sorte que si nous nous mettons à louer Orgueil et préjugés pour ses diverses qualités – son esprit, sa vérité, sa profonde puissance de comique – nous ne l’aurons néanmoins pas loué pour la qualité qui est la somme de toutes les autres. […] Dire que Orgueil et préjugés est comme un coquillage, une gemme, un cristal ou toute autre image de notre choix, c’est voir la même chose sous une apparence différente. Pourtant, si nous comparons Orgueil et préjugés à un objet concret, c’est peut-être parce que nous essayons d’exprimer cette impression, que nous avons imparfaitement dans d’autres romans mais ici avec netteté, d’une qualité qui n’est pas dans l’histoire mais au-dessus d’elle, qui n’est pas dans les choses elle-même mais dans leur arrangement. [5]»

    Pour Virginia Woolf, le lecteur ressent à chaque instant la présence d’une « architecture invisible dressée derrière l’animation et la diversité de la scène ». Cette architecture est le résultat d’un travail long et patient. A la lecture des Watson, Virginia Woolf note qu’elle était une de ces auteurs qui « exposent les faits plutôt platement dans leur première version, puis recommencent, encore et encore, pour les recouvrir de chair et d’atmosphère : […] l’ennuyeuse histoire de quatorze ans de vie familiale aurait été convertie en une autre de ces présentations exquises ». Car là est le cœur de l’admiration de Virginia Woolf pour Jane Austen : plus elle creuse et déconstruit ses romans, plus elle y trouve des éléments qui résonnent avec propres questionnements sur l’écriture et la littérature. Et plus elle s’incline devant cet écrivain qui conçut six chefs d’œuvre, sans avoir même une chambre à elle.

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    [1] La leçon de Balzac, conférence, 1905.

    [2] Article non signé, Times Literary Review, mai 1913.

    [3] “Jane Austen”, The Common Reader, 1925 (trad. dans Lectures intimes, Robert Laffont, 2013).

    [4] Article, Atheneum, décembre 1923.

    [5] “Phases of Fiction”, The Common Reader, 1925 (trad. dans L’art du roman, Points, 2009).